Billets comportant le tag Photographie

3 Notes

J’aime cette photo. Techniquement, elle est à chier. Floue. Et c’est justement ce défaut de précision que j’aime. Après 3h30 de marche épuisante sous le soleil, l’entrée dans ce village reculé était possible. Les gamins n’avait pas vu de blancs depuis 4 ans. Pour ceux qui avaient moins de quatre ans, j’étais le premier. Etrange. Monstrueux. Fascinant et terrifiant.
Cet homme est le chef du village. Il autorisa notre petite troupe à nous installer chez lui. Pour y manger et s’y reposer. Très vite, les murmures que j’avais entendu lors de mon entrée dans le village se firent plus présents. Des visages franchirent le seuil. Pour me faire face. Les enfants ne parlaient pas. Eviter de me regarder directement dans les yeux. Des fois que. Pas un mot.Tout en moi les intriguait. Ma barbe. Ma pilosité. Ma taille. J’étais disproportionné. Me cognant dès que je cherchais à me mouvoir. Transpirant comme une bête.
Comment les rencontrer, eux qui me faisaient face ?
Première erreur, en allant chercher des affaires dans un sac laissé de l’autre côté de la pièce, je crus qu’une petite fille était en train de tomber à mes côtés. Je mis ma main pour la retenir, la touchai. Elle hurla. Surprise. Que la chose l’ait ainsi touchée. Moment de tension.
Comment se rencontrer lorsque l’on ne connaît rien de son interlocuteur, que l’on ne partage ni la langue, ni la culture, seulement la respiration et la pulsation cardiaque ?
J’avais quelques gadgets technologiques. Leur montrant d’abord des images. De ma demeure. De mon existence en France. Pour leur donner à voir quel était mon quotidien. Tandis qu’ils regardaient avec avidité l’écran, je les filmais discrètement de mon autre main. En quelques instants, ils se voyaient regardant l’écran. Sourire. Amusements. Mise en abîme. Vint alors la question de la photographie.
Ce peuple, animiste, craignait que la photographie ne vienne perturber leur esprit. Je proposais alors au chef du village de poser avec sa fille. Il m’était possible, ensuite, d’imprimer directement l’image pour la lui donner. Il accepta. Les conditions de vue étaient mauvaises. Malgré un objectif de 35 mm ouvrant à 1,8 et une montée en ISO, je ne parvenais pas à sortir des images parfaitement nettes. Mais ceci n’avait plus aucune importance face à ce père, protégeant sa fille. Face à ces regards me rencontrant. S’offrant pour que je puisse tenir, à mon tour, parole.
Étrangeté du don et de la générosité et du partage de ce qui nous relie tous, humains.

J’aime cette photo. Techniquement, elle est à chier. Floue. Et c’est justement ce défaut de précision que j’aime. Après 3h30 de marche épuisante sous le soleil, l’entrée dans ce village reculé était possible. Les gamins n’avait pas vu de blancs depuis 4 ans. Pour ceux qui avaient moins de quatre ans, j’étais le premier. Etrange. Monstrueux. Fascinant et terrifiant.

Cet homme est le chef du village. Il autorisa notre petite troupe à nous installer chez lui. Pour y manger et s’y reposer. Très vite, les murmures que j’avais entendu lors de mon entrée dans le village se firent plus présents. Des visages franchirent le seuil. Pour me faire face. Les enfants ne parlaient pas. Eviter de me regarder directement dans les yeux. Des fois que. Pas un mot.Tout en moi les intriguait. Ma barbe. Ma pilosité. Ma taille. J’étais disproportionné. Me cognant dès que je cherchais à me mouvoir. Transpirant comme une bête.

Comment les rencontrer, eux qui me faisaient face ?

Première erreur, en allant chercher des affaires dans un sac laissé de l’autre côté de la pièce, je crus qu’une petite fille était en train de tomber à mes côtés. Je mis ma main pour la retenir, la touchai. Elle hurla. Surprise. Que la chose l’ait ainsi touchée. Moment de tension.

Comment se rencontrer lorsque l’on ne connaît rien de son interlocuteur, que l’on ne partage ni la langue, ni la culture, seulement la respiration et la pulsation cardiaque ?

J’avais quelques gadgets technologiques. Leur montrant d’abord des images. De ma demeure. De mon existence en France. Pour leur donner à voir quel était mon quotidien. Tandis qu’ils regardaient avec avidité l’écran, je les filmais discrètement de mon autre main. En quelques instants, ils se voyaient regardant l’écran. Sourire. Amusements. Mise en abîme. Vint alors la question de la photographie.

Ce peuple, animiste, craignait que la photographie ne vienne perturber leur esprit. Je proposais alors au chef du village de poser avec sa fille. Il m’était possible, ensuite, d’imprimer directement l’image pour la lui donner. Il accepta. Les conditions de vue étaient mauvaises. Malgré un objectif de 35 mm ouvrant à 1,8 et une montée en ISO, je ne parvenais pas à sortir des images parfaitement nettes. Mais ceci n’avait plus aucune importance face à ce père, protégeant sa fille. Face à ces regards me rencontrant. S’offrant pour que je puisse tenir, à mon tour, parole.

Étrangeté du don et de la générosité et du partage de ce qui nous relie tous, humains.

Notes

Le voyage est l’occasion de faire connaissance avec soi-même. Le quotidien étant suspendu, les repères perturbés, il est alors possible de se découvrir. La rencontre est un excellent médiat, un fécond détour. En découvrant autrui, ses différences, ses manières de vivre autrement que moi-même le monde, je puis mieux identifier les mécanismes me permettant de fonctionner. 
Ceci fut théorisé par Lévinas. Ricoeur. Pratiquement, le voyage est une réalisation quotidienne de l’expérience éthique. La photographie constituant alors un excellent exercice pour rendre compte de cet instant, de la rencontre.
Cette jeune femme est difforme. Monstrueuse même : elle n’a rien de commun avec nous, elle est extraordinaire. Elle ne peut pas parler. Ni se tenir droite. Ni avaler sa salive. Et pourtant, lorsque je l’ai vue, je ne pouvais pas ne pas la prendre en photo. Non pas dans un esprit voyeur, mais avec tout l’amour dont j’étais capable. Puis d’imprimer cette image pour la lui donner. Afin de rendre compte de cette rencontre. Ce simple geste la rendit, je crois, heureuse. Elle n’était plus mise à l’écart (j’avais photographié plusieurs enfants), mais intégré. Je n’avais pas évité sa présence, je l’avais manifestée.
Je ne sais pas son prénom. Et pourtant c’est avec elle que j’entame la publication de notes diverses suite à mon récent séjour en Birmanie.

Le voyage est l’occasion de faire connaissance avec soi-même. Le quotidien étant suspendu, les repères perturbés, il est alors possible de se découvrir. La rencontre est un excellent médiat, un fécond détour. En découvrant autrui, ses différences, ses manières de vivre autrement que moi-même le monde, je puis mieux identifier les mécanismes me permettant de fonctionner. 

Ceci fut théorisé par Lévinas. Ricoeur. Pratiquement, le voyage est une réalisation quotidienne de l’expérience éthique. La photographie constituant alors un excellent exercice pour rendre compte de cet instant, de la rencontre.

Cette jeune femme est difforme. Monstrueuse même : elle n’a rien de commun avec nous, elle est extraordinaire. Elle ne peut pas parler. Ni se tenir droite. Ni avaler sa salive. Et pourtant, lorsque je l’ai vue, je ne pouvais pas ne pas la prendre en photo. Non pas dans un esprit voyeur, mais avec tout l’amour dont j’étais capable. Puis d’imprimer cette image pour la lui donner. Afin de rendre compte de cette rencontre. Ce simple geste la rendit, je crois, heureuse. Elle n’était plus mise à l’écart (j’avais photographié plusieurs enfants), mais intégré. Je n’avais pas évité sa présence, je l’avais manifestée.

Je ne sais pas son prénom. Et pourtant c’est avec elle que j’entame la publication de notes diverses suite à mon récent séjour en Birmanie.